La Femme Digitale

Vive les hommes numériques!

Vendredi 29 février 2008 par Isabelle Juppé

Je ne sais plus trop où donner de la tête ce matin, tant j’ai de choses à partager avec vous. Mais avant de vous parler des femmes, et de vous raconter la soirée de blogueuses à laquelle j’étais invitée mercredi soir à Paris, je voudrais laisser encore une fois la place aux hommes, qui avec talent, générosité et humour rejoignent peu à peu la Femme digitale. Après l’exemple de Patrice hier, voici le témoigne passionnant et vivifiant d’Antoine qui , au delà de son analyse très fine de la progression du “féminin numérique”, apporte une pierre tellement constructive et optimiste à l’île de la Transmission. N’oubliez pas d’aller cliquer sur son clip en fin de message et vous quitterez ce blog avec le sentiment que quand les hommes et les femmes mettent ensemble leur savoir-faire numérique au service des enfants, et bien… la vie digitale est belle!

“Il est assez inconfortable de porter, à la limite de l’intrusion, une parole masculine après tant de points de vue, d’analyses et de témoignages…ceci pour de nombreuses raisons. La plus insaisissable est sans doute le sentiment de profonde unité qui s’en dégage, l’impression d’une communauté de vue sur cet objet encore si nouveau qu’est l’Internet…Définir en détail ce sentiment…

Mes activités ont trait au développement des nouvelles technologies pour l’éducation et la culture. Au fil des projets sur lesquels je me suis penché, il m’a semblé rencontrer assez régulièrement une préoccupation, souvent exprimée par les pouvoirs publics, mais aussi par des fondations, des associations : celle de la nécessité d’actions particulières pour promouvoir les nouvelles technologies, et plus précisément l’informatique et l’Internet auprès des femmes. Ces préoccupations ont pris des formes différentes, des appellations changeantes aussi, au cours des années : « gender mainstreaming » (expression qu’il est difficile de traduire en moins de six ou sept mots), « women IT promotion », etc. Toutes partent de l’idée qu’existe un retard dans l’appropriation des outils numériques par les femmes, et d’une sous-représentation des femmes dans les filières d’études qui ont trait à ce domaine.

Sans remettre en cause l’intégralité de ce diagnostic, naturellement, ni la nécessité probable d’actions d’information spécifiques, je ne peux m’empêcher de détourner de plus en plus le regard de ces plans d’urgence pour considérer la lame de fond qui se dessine jour après jour sur le net. Là, le visiteur, même inattentif, qui aujourd’hui promène ses clics sur la toile, et se remémorerait le paysage qui s’y dessinait il y a quatre ans, est forcé de convenir de la montée en puissance de la présence féminine.

C’est que l’Internet est devenu une chose beaucoup trop vaste, et « une affaire beaucoup trop sérieuse pour la confier à des informaticiens », pour plagier un anglais célèbre. Il devient l’outil fluide et versatile dont s’empare un nombre croissant de femmes, et en même temps elles en accélèrent les tendances. C’est bien sûr ce « web 2.0 » sur lequel on a tant écrit, où l’Internaute passe du statut de lecteur à celui de producteur de contenus en quelques secondes. C’est le « web social », où par des sites tels que facebook ou myspace, pour ne citer que les plus connus, chacun peut exposer ses goûts, ses envies, ses projets, passions, inquiétudes, et surtout tisser les relations et liens entre les personnes, créer des communautés d’intérêt pour reconstituer un quant-à-soi avec le monde entier, ou avec trois amis.
Cet Internet-là est l’Internet des utilisateurs : les questions de microprocesseurs, de systèmes d’exploitation, de logiciels cessent d’intéresser au-delà des cercles techniciens (assurément masculins dans leur majorité) et deviennent invisibles, au profit de l’expression transparente du bon vouloir de chacun. Il est difficile de ne pas voir à quel point tout dans le Web d’aujourd’hui promeut l’intelligence des connexions, valorise le mariage de la réflexion de fond et de la sensibilité de l’instant. Tout y devient accessible, et les contenus épars, offerts dans le vrac des moteurs de recherche, attendent de l’internaute les mises en correspondance, en connexion, les synthèses qui créent la valeur, symbolique, sociale, mais aussi financière. Sur Internet, la pertinence ne tient plus de l’accumulation, impossible dans l’immensité de la toile, mais des rapprochements et des liens nouveaux qu’établissent les utilisateurs. A ce jeu-là, les femmes font preuve d’une rapidité qui devrait nous amener, nous les hommes, à nous préoccuper de notre « part de marché social » dans ce nouvel univers ☺

Que les femmes s’emparent de l’Internet au moment où celui-ci se dégage définitivement des prérequis techniques, et promeut les usages, le social, l’inventivité et le service rendu…voilà diront certains une forme d’opportunisme collectif bien pensé. D’autres y liront l’expression, très féminine, d’un sens de l’essentiel…
Je me trouvais l’autre jour en compagnie de jeunes collégiennes et de leur professeur(e) d’Espagnol, Anne, qui travaillaient ensemble à la construction de petits billets en mp3 destinés à être publiés sur un site ludique, un blog en Espagnol ouvert aux élèves (http://www.e-espanol.org). Ce n’est qu’au bout de quelques minutes que je réalisai que ce groupe de jeunes volontaires était féminin à 90%. Pendant ce temps, les garçons alanguis dans la cour de récréation attendaient impatiemment que le temps passe…
Mais ce sentiment s’accentua encore lors la séance de présentation qui couronna leur travail, où nous étions plusieurs à remarquer que le regard de l’assemblée ne cessait d’aller de ces jeunes femmes vers les outils vidéoprojetés, blogs, éditeurs de son, logiciels de messagerie qu’elles avaient utilisés. Ces outils auxquels chacune donnait un sens propre, nous faisant oublier qu’il y a sept ou huit ans, rien de cela n’existait. Les regards allaient et venaient, des usages aux outils, sans qu’il soit plus possible désormais de dire lequel dépendait de l’autre. Et tout cela s’opérait avec une forme d’évidence décontractée, de naturel unanime, que reflète en partie le clip réalisé en souvenir de cette soirée , et qui annonce aussi à sa manière un temps venu du féminin numérique…

Publié dans Notes

5 commentaires

  1. stéphanie

    Cher Antoine,

    Quel brillant témoignage, bravo d’être sur le terrain et de promouvoir l’apprentissage, en particulier des langues, avec les nouvelles technologies. Bravo et merci pour ce que tu fais pour les enseignants qui ont souvent besoin d’être accompagnés sur le chemin de la technique et de la nouveauté. Le numérique enrichit nos pratiques. Bravo et merci pour les jeunes qui progressent et en redemandent. Je sais que tes initiatives ont fait « boule de neige » dans la région, souhaitons que cela continue…

    Stéphanie

  2. Pénélope

    J’ai honteusement séché la soirée du Nuage de filles, mais je regrette, parce que j’aurais beaucoup aimer vous rencontrer !
    Une prochaine, peut-être !

  3. Rénald

    Oui les hommes écrivent aussi sur internet, moins présent que les femmes c’est certain. J’ai commencé il y a 2 ans presque et fais maintenant une petite pause.

  4. florence

    Bravo Antoine pour cette analyse de la parité numérique !
    je me sens réellement concernée quand tu évoques “les usages, le social, l’inventivité et le service rendu”, et infiniment moins quand il s’agit de processeur, systéme d’exploitation ….
    L’imagination créatrice de nouvelles pratiques n’a pas de limites, que celles dépendant de cette technique sans doute. Ton clip illustre parfaitement le passage du virtuel au réel dans l’apprentissage des langues, trés belle expérience, à suivre et à dupliquer !!!!

  5. Lucrèce

    “la guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée…” est une phrase de Georges Clémenceau, et non pas d’un quelconque” Anglais célèbre”. Moralité: s’étendre et se répandre en clichés sur les techniques et bienfaits d’un nouveau média ne dispense pas d’un minimum de sérieux .Moins d’anglicismes- à moins de faire l’effort les traduire- des phrases plus concises, cela n’endonnera que plus de valeur à votre créativité.
    Vale.

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La femme digitale, un livre d'Isabelle Juppé
Paru aux Éditions JC Lattès
AlapageAmazonFnac
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À propos de La Femme Digitale

La femme digitale est une enquête sur notre époque marquée par la révolution numérique. Et dans cette nouvelle ère, dont l'homme expérimente tous les jours les changements fondamentaux, quelle influence exerce le genre féminin? Ce blog est destiné à prolonger les rencontres et les réflexions initiées dans le livre.

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