La Femme Digitale

S’écrire…à l’ère numérique

Mercredi 16 janvier 2008 par Isabelle Juppé

Tempus fugit…encore plus vite depuis que je suis devenue une femme digitale …désireuse de bloguer. Je m’étais promis de faire un post/billet/note ( quel mot préférez-vous?) au moins tous les deux jours, et mon blog va avoir une semaine demain, et je n’en ai écrit que deux…alors promis, demain, dans le train, j’en écris un autre, j’ai déjà plein de choses à partager avec vous. En attendant, je vous propose le premier témoignage de femme digitale que j’ai reçu dans ma boite “et vous”. Le thème correspond tout à fait à l’esprit que j’aimerais faire souffler sur ce blog. Je laisse la parole à Véronique-Rose:

« Femme digitale ou romantique marguerite ? Voici brièvement l’expérience que je vis aujourd’hui concernant un aspect spécifique d’Internet : le courrier.L’aîné de mes fils passe actuellement une année universitaire à l’étranger. Nous échangeons sur MSN et nous adressons des courriels. Ce “direct” implique un gain de temps dans la conversation écrite qui est rapide, vivante, un peu anarchique parfois. Elle s’apparente à l’oralité.
L’orthographe y est un peu plus accessoire ; sur MSN on écrit à la limite du phonétique. Il me semble qu’à ce moment là, la technologie numérique nous permet de réduire la distance géographique et d’annuler la “distance temporelle”.
Mon second fils, quant à lui, est pensionnaire, également éloigné de notre domicile puisqu’ admis en classe préparatoire. Internet est
pour lui pratiquement inaccessible, le téléphone compliqué. J’ai donc
commencé à lui envoyer des lettres postales. Sa réaction a été claire: «
c’est super, ça fait du bien, continue, ça m’aide ».
Cette autre forme de communication présente, me semble-t-il, ses qualités propres et je me suis souvent demandé pourquoi elle me donne l’impression d’une plus grande « proximité » avec mon fils cadet. La lettre ne s’impose pas plus que la lecture qu’un courriel. On lit quand on veut. Dans les deux cas on peut être créatif, original. Un courriel s’imprime et peut donc être conservé au même titre qu’une lettre postale. Alors, qu’est-ce qui se joue ? Je crois que cela tient à la fois au support et à l’investissement en temps.
Aussi « portable » soit-il, l’ordinateur est encore souvent familial et
placé dans une pièce commune du domicile. Il faut « s’installer » à son
ordinateur et il n’est pas rare d’être victime d’une irruption dans la
pièce où l’on se trouve. L’intimité, plus que la confidentialité, est
perturbée.
Par ailleurs, le temps consacré à écrire, à construire la lettre avec un
effacement bien moins facile, celui passé à attendre la levée, le voyage du courrier, la distribution dans les boîtes, le temps choisi de lire marquent la différence. Je crois que c’est l’attente qui modifie le sens des deux formes de message. Entre le rédacteur et le destinataire d’un courrier électronique se situe une forme d’impatience. Je me trompe peut-être en pensant que le message électronique vulgarise, banalise, “dénature” aussi l’acte d’écrire. Sans doute faudrait-il ne pas les comparer, leur fonction n’étant pas la même. Mais je serais pour ma part désolée de voir disparaître la missive au profit exhaustif du courriel. Ce dernier par sa fréquence, sa simplicité, sa multiplication désacralise aussi d’une certaine manière la rédaction d’une lettre. L’universalité s’opposerait-elle à l’intime. Qu’en pensez-vous ? »

Publié dans Vous

9 commentaires

  1. Katia

    Bonjour,
    Je me suis aussi lancée dans l’aventure d’un journal sur internet (http://www.dailyneuvieme.com) et j’ai aussi remarqué combien les femmes étaient nombreuses à le lire, alors qu’il ne leur est pas spécifiquement destiné. Toutes les femmes ne sont pas dans Elle et Marie-Claire !
    Bien à vous

  2. Lys

    Bonjour Madame,
    J’ai eu grand plaisir à vous écouter parler de votre livre hier sur Canal Plus. Je n’ai pas encore eu le loisir de lire “La femme digitale” mais suis certaine de m’y reconnaître du moins pour partie.
    En effet, je communique beaucoup par MSN et adresse quotidiennement des courriels à mes proches. Toutefois, après une brève tentation d’utiliser la phonétique surtout sur MSN - très amusant je l’avoue - je me suis réappliquée à écrire correctement car au fil du temps, je me suis rendue compte que la phonétique avait comme redoutables consequences d’une part,la perte de mes repères en ortographe, et d’autre part, plus de repères du tout pour mes jeunes interlocuteurs.
    De plus, tant de sujets sont développés en même temps que certaines personnes et moi pouvons mener de front ces bavardages en apparence anarchiques en adoptant certaines règles telle la mise en parenthèse de la discussion du 2ème sujet ou une couleur de police différente pour chacun des sujets débattus avec passion souvent! Très amusant!
    Toutefois, je rejoins pour partie l’analyse faite par Véronique-Rose au sujet de la lettre manuscrite qui implique presque une certaine “religiosité” dans la construction et l’écriture ainsi qu’une impatience fébrile dans l’attente de la réception de la réponse! Et quelle joie enfantine lorsqu’enfin j’entends le crissement de mon stylet coupe-papier sur l’enveloppe, moment intensément délicieux qui va enfin me faire découvrir une page du temps de vie de mon correspondant!…Merveilleux et trop rare moment!
    Je disais que je rejoignais Véronique-Rose pour partie dans son analyse pour la raison suivante : en effet, après avoir cédé à la facilité des courriels, j’ai décidé de les écrire telle une lettre manuscrite avec un ortographe impeccable, les salutations d’usage, une police ressemblant à la mienne, et surtout: je réponds systématiquement aux courriels qui me sont personnellement adressés. En effet, je déplore quotidiennement que la politesse ne figure pas dans la netéthiquette de nombre d’internautes. Lorsque Véronique-Rose pense “que le message électronique vulgarise, banalise, “dénature” aussi l’acte d’écrire”, il me semble que l’acte décrire appartient en définitive à celle ou celui qui écrit et que c’est à elle ou lui d’appliquer ses règles définies et de s’en tenir peu importe celles appliquées par le correspondant concerné. Toutefois précisons que je ne tiens absolument pas rigueur de mes correspondants intempestifs toujours passionnés qui s’en fichent comme d’un oeuf de cigogne au milieu de l’autoroute Paris-Strasbourg de “ma” netéthiquette! Mais ..mais..mais..il est intéressant de noter que les pré-ado ( 2 à 11 ans) adoptent automatiquement ma netéthiquette pour me répondre.
    A toutes les femmes digitales je souhaite uen excellente année 2008.
    Oh au fait : Isabelle, je préfère “billet”!
    Cordialement
    Lys

  3. guillaume

    Bonjour,

    Excusez-moi, je ne dois pas être le premier à avoir cette réaction épidermique, mais comme cet emploi du mot “digital” est agaçant !! En français, numérique est préférable.

  4. Hélène

    Guillaume vous n’avez pas dû écouter ou lire les explications à propos du titre du livre, qui est une réponse à “L’homme numérique” publié il y a quelques années ;-)

    Le témoignage de Véronique-Rose est vraiment intéressant !
    Puis-je me permettre une minuscule remarque ? L’italique est un peu fatigante à lire à l’écran, serait-il possible d’avoir le prochain témoignage en arial normal ? ;-)

    Merci beaucoup d’avance ! ;-)

  5. Ducasse Jenny

    Félicitations pour votre participation à l’émission “Thé ou café”.J’ai envie de lire votre livre et demain je pense être présente à la librairie Mollat.Nous espérons que les bordelais et les bordelaises votent massivement pour votre mari au mois de Mars pour que notre belle ville continueson embellissement et ne retombe pas dans la médiocrité.Fidéle à vous deux.

  6. verin

    je vous trouve remarquable, je le rappelle de votre gentillesse le premier avril 2000 opération Tintin au grand théatre de Bordeaux …mais pourquoi votre Alain ne répond-il pas aux courriers, a/s d’Incité, ou même du quartier St Michel ! amitiés et respect

  7. Nicole Coste

    Je viens de vous écouter chez Requier (girondine, je vous avez reconnue!)et j’ai envie de lire votre livre. Je suis moi aussi un pur produit de cette génération et grace à la toile j’écris et publie des contes que je publie. J’ai trouvé là une bonne et agréable façon d’occuper mes loisirs et comme mes lecteurs apprécie, je continue! Nicole

  8. Laurence

    Pour poursuivre à propos des pensées de Véronique-Rose… J’utilise le mail depuis 1997. A titre personnel, j’ai toujours refusé de céder à la rapidité, à l’immédiateté des réponses tout comme à une écriture faite de racourcis.

    Recevoir un mail a pour moi autant de valeur que la réception d’une lettre manuscrite. J’aime laisser (provoquer ?) “une respiration” entre la réception du message et sa réponse, j’aime penser et rédiger avec sincérité et soin le message qui découlera de la “missive digitale”… Maintenir ce “plaisir”, ce respect de l’autre, cette qualité d’échange, me semble indispensable.

    Pour autant, je ne vois aucun inconvénient à jouer avec les abréviations et les smileys à gogo lorsque je papote en tchat. L’écriture prend alors une conotation presque gestuelle, réellement ludique et très souvent dotée de beaucoup d’humour.

    Véronique-Rose… l’outil ne modifie pas tant que ça le fond. La facilité du mail ne nuit pas au contenu et à sa profondeur… pour celui ou celle qui n’a pas oublié que rien ne fait plus plaisir qu’une pensée rédigée, dédiée, personnalisée, attentionnée. La lettre n’est pas “désacralisée”… elle est en pleine renaissance.

  9. RAYNAL

    Pour répondre à Véronique Rose, et bien moi je me suis tellement habituée au net que je ne sais plus écrire avec un stylo. Est-ce grave ? je ne pense pas, je n’ai pas honte de dire que ma vie a changé depuis l’invention du mail, je trouve ce moyen de communication formidable parce qu’il permet de garder le contact, on répond quand on a envie, on choisit le moment où on allume son pc (moi c’est en permanence, limite je deviendrai acro, mais quoi de grave si j’en épprouve un immense plaisir.) j’apprend énormément avec internet, et je veux juste rajouter que c’est par le biais des ateliers d’écriture en ligne que j’ai commmencé à m’interesser à internet, et là aussi…beaucoup de femmes dans ces ateliers virtuels ! et beucoup d’amitiés liés, de belles rencontres, de voyage. Merci pour votre livre.
    Cathy

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La femme digitale, un livre d'Isabelle Juppé
Paru aux Éditions JC Lattès
AlapageAmazonFnac
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À propos de La Femme Digitale

La femme digitale est une enquête sur notre époque marquée par la révolution numérique. Et dans cette nouvelle ère, dont l'homme expérimente tous les jours les changements fondamentaux, quelle influence exerce le genre féminin? Ce blog est destiné à prolonger les rencontres et les réflexions initiées dans le livre.

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